Vous êtes ici : Accueil > VIH > Séro+ / Séro-

Séro+ / Séro-

Discrimination, séropositivité et sexualité entre hommes

Aujourd’hui en Suisse, environ 15% des hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes et qui fréquentent les lieux de rencontre homosexuels sont séropositifs. De ce fait, la probabilité de rencontrer un partenaire sexuel séropositif n’a jamais été aussi élevée. Dans ce contexte, la séropositivité est devenue un nouvel instrument de discrimination des partenaires sexuels. Cette discrimination est vécue comme stigmatisante par les homosexuels séropositifs. Plus encore, pour certains d’entre eux, elle vient s’ajouter aux attitudes discriminatoires de la société face aux homosexuels en général.

En 2005, Sida Info Service, en France, a mené une enquête sur les discriminations à l’encontre des personnes vivant avec le VIH. Plus d’un tiers des personnes interrogées ont déjà été rejetées par un partenaire sexuel et la moitié d’entre elles a renoncé à une relation sexuelle en raison de sa séropositivité. 2/3 des hommes ayant indiqué un autre motif de discrimination que la séropositivité ont cité l’homosexualité.

A Dialogai, nous recevons de plus en plus fréquemment des témoignages d’hommes séronégatifs qui disent avoir peur d’avoir des rapports sexuels avec des hommes séropositifs ou préférer ne pas connaître le statut de leur partenaire afin de ne pas être confrontés à cette question. 
Si la crainte de la contamination est la raison majoritairement invoquée, c’est parfois la perspective de s’attacher à quelqu’un « qui risque de disparaître » qui effraie.

Parallèlement, la répétition des situations discriminantes et la crainte du rejet incitent les séropositifs à ne pas évoquer leur statut sérologique lors d’une nouvelle rencontre et conduisent certains d’entre eux à renoncer à tout rapport sexuel. En effet, dès que la séropositivité est « avouée », le séropositif n’est plus simplement un partenaire sexuel, il devient un danger, un vecteur de risque. Les conséquences négatives de cette information sur le désir sexuel et le désir de construire une relation sont évidentes. Parmi les personnes séropositives célibataires, on estime à 25% la proportion d’entre elles ayant renoncé à entrer dans une forme de relation, qu’elle soit sexuelle ou affective, ce qui engendre parfois un repli social important débouchant sur une solitude pesante.

Comme le montre la lecture des annonces de rencontre sur Internet, toujours plus d’homosexuels cherchent des partenaires du même statut sérologique que le leur. En toute légitimité, beaucoup de personnes séronégatives désirent pratiquer le sexe sans protection et cherchent des stratégies pour y parvenir. Le sérosorting ou séro-choix est une stratégie aujourd’hui clairement énoncée et qui devient petit à petit et insidieusement une norme. Les personnes séronégatives désirent rencontrer un ou des partenaires sexuels séronégatifs avec pour objectif, parfois, de construire une relation durable. Cette réalité renforce l’idée, pour les personnes séropositives, qu’elles ne pourront rencontrer ou construire une relation durable qu’avec une personne également concernée par le VIH. Parfois, elles mettent d’ailleurs en place des stratégies pour ne rencontrer que des personnes également séropositives.

Théoriquement, cette discrimination sécuritaire devrait avoir des effets positifs sur la prévention. Dans la réalité, force est de constater, au vu de l’augmentation des infections au VIH parmi les homosexuels, que cette “séparation” entre séropositifs et séronégatifs n’apporte pas du tout le résultat escompté par ceux qui la pratiquent. Plus insidieusement, elle mine la solidarité entre homosexuels, qui a fait leur force dans la lutte contre le VIH/sida, et fragilise la communauté homosexuelle, par ailleurs toujours sujette à l’homophobie de la société.

Il apparaît à l’évidence que les homosexuels nouvellement infectés ont encore plus de mal que naguère à parler de leur statut sérologique à leur entourage, et ce quel que soit le type de relations (relations familiales, relations sexuelles ou dans le cadre professionnel). Ce constat observé au centre de conseils et dépistage des infections sexuellement transmissibles Checkpoint à Genève soulève la problématique de la communication autour de la découverte de sa séropositivité et la crainte de l’isolement et la stigmatisation. A cela s’ajoute le poids de la honte de s’être contaminé alors que tout le monde est sensé connaître les règles de “safer sex”, après plus de 20 ans de lutte contre le VIH/sida et les nombreuses campagnes de prévention.

Aujourd’hui, un tiers des nouvelles infections au VIH parmi la population homosexuelle masculine en Suisse touche des étrangers de différentes origines. Cette proportion a presque doublé par rapport aux données épidémiologiques de 2004. A Genève, nous constatons qu’il s’agit, pour beaucoup, de personnes d’origine latino-américaine. Les personnes homosexuelles d’origine étrangère doivent souvent aussi passer sous silence leur séropositivité au sein de leur communauté pour des raisons d’ordre culturel. Il s’avère donc très difficile, pour ces personnes, de faire face à leur propre séropositivité, d’en parler et de trouver dans leur réseau habituel un soutien. Il leur semble indispensable de maintenir le secret de leur statut sérologique auprès des membres de leur communauté ainsi que dans la scène homosexuelle; une mesure qui garantit, à leurs yeux, leur sécurité et leur intégration.

Le défi pour les organisations et institutions responsables de la prévention est de limiter le nombre de nouvelles infections. Cette démarche devrait s’inscrire dans une communication globale et adaptée, aussi bien pour les personnes séronégatives que pour les personnes séropositives. Une démarche à laquelle les personnes nouvellement infectées prendraient une part active, dans la prévention et la communication autour de la relation à l’Autre. Ceci pourrait permettre de réduire les peurs liées aux risques d’une infection pour les personnes séronégatives et devrait faciliter la communication du statut sérologique, pour limiter la stigmatisation des personnes séropositives en quête de relation stable.